DADVSI : quand la Culture devient marchandise
Par Guillaume, jeudi 22 décembre 2005 à 11:28 :: General :: #16 :: rss
En ce moment se joue un point important de l'avenir de la Culture en France, voici une analyse toute personnelle :
1ère chose : Les majors s'appuient depuis longtemps sur le fait que le téléchargement P2P est responsable (et uniquement lui) de la (soit-disante) baisse des ventes de CD musicaux. C'est d'ailleurs ce qui les motivent dans les attaques en justice qu'ils ont menées jusque-là, et les pressions faites sur le gouvernement pour faire passer une loi interdisant clairement ces pratiques (cf la présence de Virgin dans l'hémicycle à la demande du Ministre de la Culture).
Hors :
- Le budget des ménages n'est pas extensible à l'infini et il faudrait voir si il y a une diminution de la consommation sur l'ENSEMBLE des produits culturels (CD audio, DVD video et audio, livres, sonneries et j'en passe). Je ne suis pas persuadé qu'il y ait une vraie baisse des ventes.
- Le P2P c'est un peu "l'occasion qui fait le laron". C'est "C'est à dispo, je télécharge", est-ce que pour autant cette personne aurait acheté ce CD ou DVD ? Je pense que dans la plupart des cas la réponse est non. Si je télécharge le dernier album d'Indochine, je ne vais pas pour autant faire perdre de l'argent à Nicola Sirkis ou à Epic, car je n'aurais jamais acheté son CD. Par contre s'il me plait, et comme je suis fétichiste, je vais aller acheter le CD, ou je vais être tenté d'aller voir le groupe en concert. Du coup "l'industrie musicale" n'a pas perdu, mais gagné un client.
2ème chose : La présence de DRM dans les fichiers ou de protections dans les CD audio est un vrai risque.
- Ils rendent incompatibles fichiers ou CD avec certains matériels de lecture. (Un fichier son avec DRM n'est pas lisible sur tous les baladeurs numériques, un CD protégé n'est pas lisible sur tous les autoradios ou chaines hifi)
- On peut se poser la question de la pérénité de ces fichiers. Si j'achète aujourd'hui un AAC avec DRM sur iTunes pour le lire sur mon iPod, qui peut me garantir que dans 10 ans je pourrais encore le lire sur mon nouvel iPod (si tant est qu'il existe encore) ?
3ème chose : Je ne veux pas rentré dans le faux débat de "si je télécharge c'est parce qu'un CD c'est trop cher". Effectivement 15 ou 20 euros un CD audio, on peut se poser la question du coût et de la rétribution réelle de (des) l'auteur(s). Mais je pense que l'industrie du DVD a mieux compris les attentes du consommateur que l'indutrie musicale.
En effet, j'aimerais un CD audio, je me rends à la FNAC et je vais vers le rayon des CD. De quoi est-ce que je me rends compte ? Que 95% des CD audio sont en boitier cristal avec un simple livret de 2 pages à l'intérieur. Forcément je suis tenté de rentré chez moi, de télécharger album et pochette, et avec un graveur et une imprimante, je me fais un CD en TOUS POINTS identique !
Maintenant je veux un DVD vidéo, je vais dans la même FNAC rayon des DVD. Qu'est ce que je vois ? Quasiment un DVD sur deux est une version dite "collector", dans un boitier en carton glassé, avec des bonus en plus du seul film et ceux pour 3 petits euros de plus que la version simple. Mais là impossible de rentrer chez moi et de le reproduire, donc j'achète ce DVD et en version collector donc la plus chère.
Pour moi l'industrie musicale ne sait pas apporter un vrai plus à ses produits et je pense que ça leur cause un vrai tord.
4ème chose : Les logiciels libres sont un avantage pour les particuliers comme pour les entreprises ou les administrations.
L'exemple le plus cité est le cas de VideoLan (VLC notamment) qui permet de lire un DVD en utilisant la méthode DeCSS. Hors avec le projet de loi DADVSI ce logiciel pourrait se voir interdire en l'état. A ce moment que se passerait-il ?
- La lecture de DVD pourrait passer en plug-in close-source.
- Les développeurs de VLC pourraient s'expatrier (Irait-on vers une fuite des cerveaux ?)
- Ils pourraient choisir d'arrêter le développement du logiciel.
- Free et les autres sociétés qui l'utilisent pour la diffusion de TV par internet seraient contraintes de se tourner vers une autre solution (payante ?) (Pour info, VLC est présent DANS la Freebox)
De même pour les administrations qui se verraient contraintes de changer leur parc et/ou infrastructure informatique si certains logiciels utilisés se voyaient interdits et à ce moment-là, la solution serait une version fermée et probablement payante (par le contribuable).
Les logiciels libres permettent la transparence. Si l'on peut lire les sources il est évident que l'on sait comment le programme fonctionne et qu'il est impossible d'y cacher quoique ce soit (spywares, DRM..). C'est un véritable bienfait en matière de sécurité et de garantie de pérénité dans leur utilisation.
Dernière chose : Le caractère urgent de cette loi n'a pas lieu d'être (ou plutôt n'a plus lieu d'être). Cette loi aurait du être ratifiée il y a déjà plus de 3 ans (EUCD en Mai 2001 et avant-projet de loi DADVSI en Novembre 2002) et le Gouvernement décide le 5 Novembre 2005 le caractère urgent de cette loi (qui ne passera donc qu'en une seule lecture et ce moins de 2 mois plus tard). Ce projet de loi est si important qu'un vrai débat aurait du être mené !
Surtout que si l'on considère (ce que refuse de faire le Gouvernement) la pétition de EUCD.info, il est clair avec plus de 130 000 signataires que ce projet de loi intéresse au plus haut point les citoyens français.
Je vous invite à lire :
- Coup de frein sur le Net : Un article de Libération rédigé par Bernard CARAYON député UMP du Tarn et Muriel MARLAND-MILITELLO députée UMP des Alpes-Maritimes.
- P2P : La licence globale, adoptée par les députés : Un article de PcINpact relativement explicite
- Le compte-rendu d'un chat entre le Ministre de la Culture et les spectateurs de M6 : Incroyable de langue de bois !


Commentaires
1. Le vendredi 23 décembre 2005 à 23:21, par Laurent
2. Le dimanche 1 janvier 2006 à 02:13, par Laurent
3. Le mardi 10 janvier 2006 à 15:55, par X.
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